SEUPHOR, Michel, ( Fernand-Louis Berckelaers, dit )

né le 10 mars 1901 à Anvers, Flandre, Belgique ; 1918, adopte le pseudonyme de Seuphor, anagramme d'Orpheus ; 1921, crée la revue Het Overzicht ; 1923, ses voyages à Paris le mêlent au milieu cosmopolite de l'avant-garde européenne ; 1925, s'installe en France ; 1929, crée Cercle et Carré* ; promeut la création du premier musée d'Art moderne du monde, à Lódz, Pologne ; 1932, amplifie une longue carrière de publications sur l'art ("Je ne suis pas un critique, je suis un historien.") ; 1934-1948, vit à Anduze, dans les Cévennes ; 1948, s'installe à Paris ; 1965, naturalisé Français ; 1974, Jean Branchet* prend en charge son œuvre pictural et poétique ; 1999, meurt le 12 février à Paris ; est incinéré.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Dessinateur - Peintre

Présentation : Son nom est mêlé à toute l'histoire de l'art moderne du XXe siècle et, singulièrement, à celle de l'abstraction* géométrique. Ses premiers essais picturaux datent de 1929 ; ce sont de grandes gouaches géométriques où la ligne, le plan et les problèmes de plastique pure s'affrontent. Les jugeant trop proches du travail de Mondrian* - avec qui il réalise un Tableau-poème (1928) -, il les abandonne. (En 1974, elles sont reprises sous forme d'estampes.)
En 1932, il reprend la création plastique à sa racine. Dessinant de pur instinct d'un trait qui obéit à la dictée immédiate et qui ne quitte pas le papier, il élabore une série de "dessins unilinéaires" tantôt figuratifs, tantôt abstraits, toujours empreints d'une grande simplicité et d'une profonde poésie, qui ont une valeur d'épures. La répétition des traits à espaces identiques, la modulation du noir et blanc annoncent la manière dans laquelle il excellera plus tard. Pour le moment, ce foisonnement de dessins constitue des exercices de style, des pochades.
Il faut attendre 1951, et ses 50 ans, pour des œuvres élaborées, importantes. Ce sont les "dessins à lacunes". Grâce à eux, il crée l'espace et le silence par une technique qui lui est personnelle : il habille le papier de traits réguliers, horizontaux, parallèles, interrompus de manière que la forme soit issue de ces solutions de continuité délibérées. Ces vides qui se succèdent ont une signification graphique négative : il s'agit d'un double regard l'un tourné vers l'extérieur, l'autre vers l'intérieur. Dans les grandes compositions, la chute des éléments omis apporte vibration et dynamisme. Travail rigoureux, comme une sonate de Bach, un exercice mathématique. La logique domine la sensibilité. Il est le plus convaincant dans les noirs et blancs que dans l'adjonction de couleurs, soit comme fond (1961), soit comme éléments de collages (1972). Le plus souvent, les dessins sont au format standard 50 x 75. Quand il s'y sent à l'étroit, il les assemble en grands polyptyques de huit, voire de seize unités ou plus. Dans la série des Enseignes (1977-1980), il pose des cartouches de carton brut qui portent des phrases composées de lettres rangées par trois, sans espaces, collés sur les dessins et les titrant. Ces maximes, qui sont aussi exprimées en lacunes, ne sont pas toujours exemptes de moralisme, comme ce récurrent Il est temps de vivre. Le papier de couleur bleu, ciel ou nuit, sert de support en 1977. Les couleurs se multiplient - les primaires uniquement - dans les Fantaisies de 1980, qui s'inspirent des Plus-Minus de Mondrian, Présence de l'homme (1987) évoque une façade plate éclairée çà et là par les collages jaunes de la lumière.
En 1980, il introduit des écritures chinoises, hébraïques, grecques, sanscrites, qu'il pratique chaque jour jusqu'à plus de 90 ans. Ingénuité d'un artiste, à la fois géomètre et poète, qui garde, dans ses textes publiés annuellement, une âme d'enfant.

Expositions : 1933, Manassero, Lausanne ; 1954, Berggruen, Paris.

Rétrospective : - 1966, musée des Beaux-Arts, Nantes ;
- 1971, musée de Saint-Étienne ;
- 1976, musée de Besançon ; Gemeentemuseum, La Haye ;
- 1977, Musée national d'art moderne, Paris ;
- 1981, musée de la Boverie, Liège ;
- 1981, Gemeenemuseum, La Haye.

Citation(s) : Il a dit :
- Le dessin était devenu son moyen d'expression le plus naturel. Souvent, quand il se préparait à coucher une idée sur le papier, sa main, involontairement, se mettait à tracer une ligne, une souple ondulation qui devenait rapidement un rythme défini un mouvement répété, une harmonie, une forme et l'idée s'était mise en image."  (A propos du dessin unilinéaire, in Les Évasions d'Olivier Trickmansholm, roman autobiographique, 1939).
- Ce n'est pas un système. Non, un thème et une règle. L'artiste aujourd'hui a un thème, il vit sur son thème et ce thème est tout son art. Le thème doit suffire, car il est inépuisable. Quant à la règle, tout à fait souple, c'est une ligne horizontale, tracée à la main et plus ou moins vouée au hasard. [...] L'horizon. (À propos du dessin à lacunes).

Divers : L'affaire des "faux" Mondrian du Musée national d'art moderne du centre Georges-Pompidou.
Jusqu'en 1978, le musée ne disposait que d'un seul Mondrian, acheté à l'occasion de l'inauguration en 1977, pour 400 000 francs. Trois toiles lui sont alors proposées, Composition abstraite, signée et non datée, des années 1913-1914, Composition Plus et Minus, signée et non datée, de l'année 1916, et Composition, signée et datée de 1921. Chacune des œuvres, vue par Seuphor en 1975, est certifiée par lui. À l'unanimité, la commission d'achat les acquiert pour 6 millions de francs. Si leur qualité est grande, leur origine est floue et le comportement des vendeurs, trouble. Le centre Georges-Pompidou refuse de payer et saisit la justice. Au procès, en 1984, d'une part Seuphor, poursuivi pour "complicité en matière de fraude artistique", maintient son avis et d'autre part, Holtzmann, exécuteur testamentaire de Mondrian, qui déclare les tableaux faux, est soutenu par des experts techniques. Le jugement, confirmé par un arrêt de 1984, déclare les tableaux faux, condamne la venderesse, relaxe Seuphor pour sa bonne foi et... remet les toiles à Holtzmann pour un musée du faux. En fait, il semblerait qu'elles soient parties pour Amsterdam aux fins de comparaison et d'expertise.